Les métamoteurs limitant le traçage publicitaire : DuckDuckGo, Qwant et Startpage
- DuckDuckGo : un métamoteur assez complet
- Qwant : un projet français
- Startpage : Google en limitant le traçage
- Yacy : un projet à soutenir
- Meta-press.es : un métamoteur local pour explorer la presse
- SearXNG : un logiciel pour héberger son métamoteur
- Les moteurs de recherche interne à des sites
DuckDuckGo : un métamoteur assez complet
Lancé en 2008, DuckDuckGo est un métamoteur de recherche étasunien : il utilise son algorithme pour classer les résultats issus de nombreuses sources d’informations. Ainsi, si une grosse partie des résultats provient de Bing, une petite provient de sa propre indexation (DuckDuckBot) et d’autres moteurs spécialisés tels que Yelp ou des sources ouvertes comme Wikipedia. Sans utiliser la base de données de Google, ses résultats restent souvent pertinents. L’entreprise semble stable et sa longévité dans le secteur l’a amenée à développer des fonctionnalités intéressantes comme les « !bangs ».
En plus de donner des résultats « directs », tels que des extraits de fiches Wikipedia ou des cartes OpenStreetMap, il peut faire des recherches spécifiques (date, lieu…) et même rechercher sur un autre moteur via DuckDuckGo. Par exemple, en indiquant « !t la requête », on est automatiquement redirigé vers le thesaurus. Ainsi, il est possible d’avoir les résultats de Google via Startpage (« !sp la requête » ou dans le pire des cas… !g « la requête »).
DuckDuckGo est aussi accessible par une adresse Onion sur le réseau Tor (voir fiche 10).
La solution reste loin d’être parfaite. Le siège social de DuckDuckGo est situé aux États-Unis (en Pennsylvanie). L’entreprise est donc soumise à la loi étasunienne (Cloud et Patriot Act) et potentiellement à des injonctions judiciaires ou administratives d’enregistrement et de transmission de données. Le moteur se défend toutefois de cette possibilité et indique qu’il ne s’y soumettrait pas.
DuckDuckGo affiche des publicités non traçantes – principalement via la solution publicitaire de Microsoft, a des partenariats commerciaux pour afficher d’autres publicités (avec Amazon et Ebay par exemple), elle paye aussi elle-même des campagnes publicitaires assez conséquentes et reste fortement dépendante de Microsoft Bing – si bien que fin mai 2022 le chercheur Zach Edwards a découvert que les applications mobiles iOs et android de DuckDuckGo laissaient fuiter des informations aux trackers de Microsoft…
Qwant : un projet français
La société Qwant, située en France, a une politique de protection des données. Pour certaines requêtes, les résultats de pages Web sont complétés automatiquement par des résultats issus d’articles de la presse en ligne, de Wikipédia et d’images permettant potentiellement d’accéder plus rapidement à l’information ou au contenu désiré.
Par rapport aux autres acteurs présentés, Qwant a le mérite d’essayer de développer son propre moteur et donc sa propre indexation du Web afin de limiter sa dépendance. Néanmoins – malgré un fort soutien – notamment de fonds publics – beaucoup de ses promesses se sont avérées trompeuses et sa dépendance à Bing pour fournir ses résultats semble encore très conséquente.
Si la localisation française est un atout d’un point de vue fiscal et en termes de respect du droit européen sur la protection des données, cela soumet aussi la société à la législation française sur le renseignement. Même sans surveillance, Qwant fonctionne malgré tout via un modèle publicitaire soutenu par du capital-investissement et son équilibre financier reste très incertain (il a risqué la faillite en 2022). L’entreprise et son ancien dirigeant ont aussi été épinglés il y a quelques années par la presse pour des pratiques sociales très problématiques (voir les articles concernant Qwant sur le site NextInpact). Rachetée en 2023 par Synfonium – le groupe d’OVH – ce service est appelé à changer.
Startpage : Google en limitant le traçage
Basée aux Pays-Bas, Startpage est, depuis 2006, une vitrine de recherche des résultats de Google en limitant le traçage. Startpage prône comme politique le respect intégral de la vie privée de l’internaute et de ses informations personnelles. Contrairement à DuckDuckGo, installé aux États-Unis et soumis à la législation américaine, Startpage est aux Pays-Bas. Il est donc soumis à la législation européenne et travaille avec la CNIL néerlandaise. Il ne dispose pas de son propre algorithme d’indexation et de recherche et fournit les seuls résultats de Google. Dans leurs mots « vous obtenez les résultats Internet du moteur de recherche le plus renommé avec la protection de la confidentialité du moteur de recherche le plus privé au monde ». Startpage offre aussi la possibilité d’une lecture de page par le « proxy » – l’intermédiaire de leurs services – le site visé ne recevant donc que l’adresse IP de Startpage et pas celle de l’ordinateur (pour plus d’informations voir la fiche 10). Pour y accéder il faut cliquer sur le petit masque à gauche des liens des résultats de Startpage.

Startpage a été rachetée en 2019 par « Privacy One Group », détenu par System1, une entreprise spécialisée dans la publicité notamment ciblée, ce qui constitue une crainte légitime pour les évolutions futures, même s’il serait étrange pour Startpage de trahir ses engagements sur l’absence de traçage. Startpage est dépendant de Google pour ses résultats de recherche et se finance par le biais du programme publicitaire de Google : Adsense, ce qui implique certaines formes de traçage indirect. Sans pouvoir associer l’adresse IP à la recherche, Google aura quand même connaissance de caractéristiques techniques de la recherche (mots-clés, heure, indication linguistique, affichage de la publicité, etc.) et pourra reprendre le traçage si l’internaute clique sur un lien publicitaire.
Avec toutes ces limites, DuckDuckGo, Qwant et Startpage constituent toutefois des alternatives imparfaites, mais à privilégier au monopole de Google et à sa propension à vendre notre vie privée.

Pour changer de moteur de recherche par défaut sur Firefox et essayer ces moteurs :
- cliquer sur les trois barres des options en haut à droite de Firefox ;
- choisir « Paramètres ». Il est aussi possible de taper « about:preferences » dans la barre d’adresse ;
- aller dans l’onglet « Recherche » – il est alors possible de changer le moteur de recherche par défaut.
Tout en bas de la page il est aussi possible de « Découvrir d’autres moteurs de recherche » qui renvoie vers la page : addons.mozilla.org/fr/firefox/extensions/category/search-tools/ et de sélectionner un moteur de recherche pour l’ajouter.
D’autres initiatives intéressantes existent, SearXNG, Meta-Press.es ou encore Yacy.net.
Yacy : un projet à soutenir
Yacy est particulièrement intéressant d’un point de vue du respect de l’utilisateur. Il est sous licence libre, ne stocke pas de données personnelles, a un fonctionnement décentralisé, ne comporte pas de publicité, etc. Il est toutefois différent des autres moteurs en ce qu’il requiert l’installation d’un logiciel sur sa machine personnelle. Fonctionnant sur un modèle « de pair-à-pair » pour l’indexation des pages, il n’y a pas de serveur central.
C’est un avantage, mais cela implique une coopération active de personnes prêtes à jouer le rôle de pair/serveur décentralisé. Sans être totalement prêt à remplacer un moteur de recherche classique pour des usages habituels, il s’agit vraiment d’un projet à découvrir et à soutenir.
Meta-press.es : un métamoteur local pour explorer la presse
Meta-Press.es est un module complémentaire pour Firefox, qui permet de faire des recherches sur les nombreux sites de presse référencés sans l’intermédiaire d’un autre moteur de recherche. La requête est générée par le navigateur de l’utilisat·ice qui la réalise en interrogeant directement les sites de presse concernés : sans intermédiaire, ni centre de données, ni traçage publicitaire. L’outil est configurable (langue, type de résultat…) et en utilisation avancée il est possible de le configurer pour ne viser que les sites nous intéressant. De plus, Meta-Press.es permet de programmer des recherches, de sélectionner des résultats et d’exporter une revue de presse.
Il est restreint aux sources qui sont présentes dans le module, mais il est possible de contribuer pour en ajouter d’autres.
SearXNG : un logiciel pour héberger son métamoteur
SearXNG (s’appuyant sur SearX en continuant les développements) est un logiciel libre permettant de déployer un métamoteur de recherche. Installé, il permet d’offrir une page pour réaliser des recherches sur différents moteurs de recherche choisis en mélangeant les données et sans les conserver. Ce qui limite le traçage. La solution a toutefois ses limites car elle ne s’appuie pas sur des partenariats avec les gros moteurs de recherche et reproduit en quelque sortes des requêtes comme si elles venaient d’individus. Ainsi les éditeurs de moteur de recherche peuvent bloquer les requêtes s’ils les trouvent trop conséquentes. SearXNG peut constituer une bonne solution pour les personnes de confiance (auto)hébergeant des services pour un petit nombre de personnes et il est également possible d’utiliser cette alternative via une multitude de déploiements de ce service disponibles sur Searx.space ou pour une présélection sur Alt.framasoft.org.
Les moteurs de recherche interne à des sites
De nombreux sites disposent de leur propre moteur de recherche interne. Certains de ces moteurs spécifiques peuvent être utilisés directement en les installant dans la barre de recherche de Firefox. Ainsi, si on cherche fréquemment un article de Wikipédia, une définition précise sur le Portail lexical du CNRS ou une aide à la traduction sur Linguee.fr, nul est besoin de l’intermédiation d’un moteur généraliste, que ce soit Google ou DuckDuckGo. On peut ajouter ces moteurs à sa barre de recherche.
Sur Firefox : dans l’onglet recherche des paramètres activer « Ajouter la barre de recherche à la barre d’outils » qui permet ensuite en un clic de rajouter un moteur de recherche dans la liste.
Une fois sur la page d’accueil du moteur/site, cliquer sur l’icône en forme de loupe avec un + de la barre de recherche de Firefox et cliquer sur l’icône du moteur avec un petit + vert « Ajouter le moteur » et il sera mémorisé et directement actionnable via la petite barre de recherche.
Ensuite, on peut cliquer sur la loupe quand on s’apprête à faire une recherche puis cliquer sur l’icône du moteur voulu pour cette seule recherche. Il est aussi possible de regarder si le moteur est référencé dans la base de Mozilla et l’ajouter par ce biais.
source : https://www.ritimo.org/Les-moteurs-de-recherche-alternatifs